Les spectacles

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Revue de presse

Les Trois Coups


L’atelier du mythe

Les mythes grecs, ces récits originels et essentiels au patrimoine de l’humanité, contés une fois de plus. Une fois de trop ? Non, car Massimo Schuster trouve, par le biais de ses marionnettes et de sa performance de conteur, une voix authentique, qui nous permet d’apprivoiser le monde des dieux et des hommes.

Les marionnettes, complices de Schuster, sont de véritables œuvres d’art qui racontent des histoires. Il y a le pantin représentant Achille : en bois et à taille humaine, il repose dans un coin de la scène, et laisse son alter ego (Schuster) narrer ses aventures. À l’allure fière et élégante, il nous rappelle sa présence au cours du spectacle par une respiration lancinante, à bout de souffle. C’est un pantin qui respire et qui vit. Il expire aussi, une fois la dernière bataille perdue.

Puis, il y a toutes les autres marionnettes – Agamemnon, Hector, Helène… –, qui, tour à tour, apparaissent de derrière le comptoir de l’atelier du marionnettiste pour prêter leur petit corps de bric et de broc à la voix et aux mains de Massimo, afin d’invoquer ces héros millénaires. Leurs visages en terre glaise rappellent l’esthétique de Giacometti et expriment par le biais de leurs traits torturés, de leurs rides et de leurs crevasses, les maux et blessures des personnages légendaires.

Schuster ne rend pas les mythes plus présentables, il ne les épure pas de leur violence. Il préfère nous confronter à ce monde de guerre et de trahison tel quel. Et cette guerre de Troie, si lointaine, nous renvoie alors à des conflits plus contemporains. L’atmosphère devient parfois assez oppressante, malgré des intermèdes de jazz qui servent de transition entre les mythes.

Le public du jour étant composé de beaucoup d’enfants, la tension était palpable dans la salle, avec des petits murmures qui fusaient de temps en temps, des « c’est trop méchant ! » lorsque Agamemnon ne montrait aucun signe de compassion envers Achille. Ce public attentif et participatif a grandement contribué à mon appréciation du spectacle.

L’on pourrait reprocher au Dernier Guerrier son tempo, peut-être un peu lent, mais cette remarque ne diminue pas la qualité du spectacle, qui mêle tragédie et artisanat théâtral pour rendre les mythes grecs accessibles à tous et renouer avec l’art du conte.

Anne Losq


“ MARIONNETTES ” TÉLÉRAMA n°3023-3024


Monument du théâtre de marionnettes, Massimo Schuster s’est longtemps attaché aux sculptures brutes de son compatriote le plasticien Enrico Baj. Avec Le dernier guerrier, il revient à la forme plus traditionnelle du castelet. Seul manipulateur, il s’y donne le beau rôle, tour à tour menuisier ou patron de bar derrière son comptoir. Les marionnettes en terre cuite sont belles; l’histoire d’Achille, poignante et sanglante. Dommage que le jazz en fond sonore manque un peu de relief.
Mathieu Braunstein


DNA Dernières Nouvelles d’Alsace le 30 mars 2007


Les Giboulées à Strasbourg ont fait un triomphe à Massimo Schuster, du Théâtre de l’Arc-en-Terre. Son Roncevaux ! a été ovationné.
Pour Massimo Schuster, le public était venu nombreux. Et en a eu pour son argent. En grande forme le show-man marseillais a emporté la salle dans sa fresque chevaleresque. Devenu Don Quichotte se confiant à sa Dulcinée, le comédien conte avec verve les aventures de Roland, d’Angélique, de Charlemagne et des autres, avec force fracas de marionnettes totems s’entrechoquant dans la bataille, hurlant vengeance, honneur ou fidélité.
Massimo seul en scène
Seul en scène, Massimo Schuster, transporté par la force de ses personnages, a su faire marcher des armées, pleurer des femmes et mourir des amants. Epique, comme souvent, son spectacle a revisité l’histoire de Roncevaux ! et la mort de Roland. Et si le récit n’y est pas toujours fidèle à sa Chanson, ses thèmes universels – l’amour, la trahison, la bravoure et le dévouement – y sont bel et bien présents. Pour le plus grand bonheur des amateurs du genre.
Marie Marty


Hebdoscope du 18 au 24 avril

D’abord, c’est le grand Massimo Schuster de la Compagnie Arc-en-terre qui nous a introduits avec Roncevaux ! dans les méandres des aventures parfois ubuesque des paladins de France. Récit plein de fureur mis à part quelques amourettes fugitives. Pour exprimer la violence de l’époque et les corps à corps fameux qui déciment les plus fiers guerriers les uns après les autres, les grandes marionnettes sculptées par Enrico Baj sont tout à fait appropriées. Faites de caisses et de morceaux de planches sur lesquelles sont collés boutons, ficelles et autres « ingrédients », elles sont expressives, démontables, s’éparpillant en milles morceaux quand le choc du combat les propulse les unes contre les autres. Vraiment ravageuse cette adaptation de la Chanson de Roland.


LE PARISIEN le 23 mars

Déjà trente ans de Giboulées
Un « vétéran » de marque, Massimo Schuster, directeur de la compagnie du Théâtre de l’Arc-en—Terre (Marseille) et président de l’UNIMA (Union internationale de la marionnette) sera également de la fête. Ce comédien marionnettiste charismatique, formé à Milan et aux Etats-Unis, pose son regard sur trois décennies agitées de l’essort de l’art de la marionnette.


MARIANNE du 17 au 23 mars

Les Giboulées de la marionnette
A ne pas manquer, la nouvelle création du Théâtre de l’Arc-en-Terre qui, avec ses « marionnettes - sculptures », revisite les textes épiques de la littérature classique.


LA PROVENCE le 1er février 2007

Des marionnettes de chair et de sang


L’art de Massimo Schuster tient de la magie, de la poésie et du bricolage. Pour évoquer l’Iliade, épopée fondatrice de la civilisation grecque, sur la scène du Lenche, il n’a besoin que de quelques malles dépareillées pour faire un castelet, et de marionnettes de bric et de broc. Mais dans ses mains, les poupées de Roberto Abbiati, tête en terre cuite et corps en matériaux de récup’, deviennent des êtres de chair et de sang.
Jacques Corot

 

Marseille plus le 31 janvier 2007


Les formidables marionnettes de Massimo Schuster
Présent sur scène avec ses personnages, il donne une modernité étonnante à ses guerriers antiques, ici une variation sur le thème de la guerre de Troie (…) avec un talent original et unique.

 

VENTILO du 31 janvier au 6 février 2007


Macbeth, Les Trois Mousquetaires, le Mahabharata… Qu’elles soient françaises, danoises ou indiennes, Massimo Schuster aime les grandes épopées, faites de valeureux héros, d’amours contrariées, de cris et de sang. Autant d’histoires qui rappellent la grande et qui, dans l’écriture du truculent Franco-Italien, offrent un écho particulièrement incisif à l’actualité.

 

MARSEILLE L’HEBDO du 24 au 30 janvier 2007

Le mythe de la guerre de Troie revisité : brillant !


Le mythe de la guerre de Troie revisité : brillant !
Massimo Schuster a un don. Celui de rendre limpides des histoires mythologiques dont le seul résumé donne mal au crâne… Après le Mahabharata, le comédien et metteur en scène italien revient avec ses marionnettes sur une Iliade très personnelle. Donné aux Salins à Martigues en 2006, voici enfin à Marseille ce texte au souffle épique donné par le roi des conteurs.
Valérie Simonet.

 

LA MONTAGNE du 9 novembre 2007

La guerre de Troie sur la scène des Sept Collines.
La guerre entre mythe et réalité


Mises en valeur par un éclairage intimiste, les étapes de la vie d’Achille sont mimées avec réalisme. Mais l’acteur, qui est aussi son propre metteur en scène, a su dédramatiser l’histoire en incluant des morceaux de jazz entre les tableaux, sur lesquels Achille esquisse des pas de danse. A la fois surréaliste et complètement folle, cette pièce souligne l’absurdité de la guerre, autant celle de Troie que les autres.

 

LA MARSEILLAISE le 13 mars 2006

CULTURE Actualité

Cette semaine dans les maisons de quartier de Martigues

Quand Massimo Schuster talonne Achille

Présentée début février, Le dernier guerrier, nouvelle création du conteur-marionnettiste, raconte la guerre sur fond de jazz. On reste fasciné, même si les marionnettes sont plus petites et moins présentes que sur les précédents opus.

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BIENVENUE dans la taverne de Maître Schuster. Un piano-bar très jazzy et sombre (un peu trop ?), peuplé de petites créatures encore inanimées. Le patron débarque, malle dans les bras. Mais avant de s’accouder au comptoir, au milieu d’une machinerie faite de cordes et de poulies qu’on découvrira peu à peu, c’est dans un émouvant cérémonial qu’il installera à l’avant-scène l’unique personnage de taille humaine, pantin de bois articulé et visiblement agonisant : Achille, que Pâris vient de blesser à mort, et qui se souvient...
Revenu au comptoir, apothicaire à la voix grave aux prises avec ses petites têtes d’argiles, décharnées sur des piques de fer, il racontera tout ce qui s’est passé avant, les conflits fratricides, les trahisons, les exploits et les faiblesses, les luttes de pouvoir et de séduction, jusqu’à l’immense cheval, et à la flèche plantée dans le talon. Le cheval immense...
Si l’on ne comprend pas vraiment le choix de l’ambiance jazzy pour retrouver l’épopée mythologique, si le rythme n’est pas aussi trépidant que pouvait l’être celui de Roncevaux, et surtout si l’on regrette un peu que les interventions de ses petits personnages de terre cuite soient un peu trop rares, laissant place à beaucoup de récit, Le dernier guerrier, présenté début février dans la salle du bout de la nuit, à Martigues, et reprise toujours avec le soutien de la scène nationale des Salins, cette semaine dans deux maisons de quartiers de la ville, déclenche toujours la même fascination chez ses spectateurs, grands et petits, Schuster ayant gardé tout son charisme et toute sa grâce.

Denis Bonneville



MARSEILLE L’HEBDO le 15 février 2006

L’accoucheur de mythologies
Il y a chez Massimo Schuster quelque chose du missionnaire. La chapelle en moins. Après s’être attaqué au Mahabharata, épopée fleuve indienne, dans une incarnation très convainquante, sa dernière création, dévoilée la semaine dernière aux Salins, embrasse le mythe de la guerre de Troie.

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Seul «vivant» en scène, comme dans ses précédents opus, revoilà l’acteur et auteur italien entouré de ses partenaires fétiches : des marionnettes. Un petit peuple rebelle, qui a l’insigne avantage de pouvoir se déployer à l’infini. Car, autrement, il faudrait, pour ses peplums hollywoodiens, convoquer sur scène des milliers de figurants...
Dans ces «variations sur la guerre de Troie à partir de textes anciens et de quelques fantaisies contemporaines» (sous-titre du Dernier guerrier), les marionnettes de Roberto Abbiati sont des têtes réduites en terre cuite, montées sur des corps-tige en acier. Des partenaires lilliputiens, quand on pense aux grandes poupées de bois d’Enrico Baj, de la précédente création. Du coup, Schuster concentre cet univers-mythe fondateur dans une manière de baraque de foire, d’où il n’aspire qu’à s’échapper. En bonimenteur-conteur, l’homme débarque ainsi sur scène, ouvrant ses malles et s’accoudant derrière le comptoir pour une démonstration magistrale.
Il est Achille, l’homme qui donna son nom au talon. Dans ses bras, il porte son double, seule marionnette à taille humaine, sorte d’engin articulé tout droit sorti des plans d’un Léonard de Vinci. Elle agonise car Achille vient juste d’être touché au talon. Et c’est en flash-back que le conteur déroule le mythe : de la naissance, à la parentèle, en passant par les penchants bisexuels, les guerres intestines et la soif de pouvoir.
Par ces allers-retours et cette construction très scénarisée, Schuster rend le récit haletant, réservant à ses spectateurs des rebondissements sui leur feraient presque oublier ce qu’ils savaient de la Grèce d’Homère, d’Hélène et du cheval de Troie. Surtout, ces marionnettes aux visages torturés d’avoir été pétris et griffés par une main, reçoivent de sa bouche un incroyable souffle de vie. En ventriloque, l’acteur n’hésite pas à forcer le trait d’un roi pleurnichard, à infléchir sa voix pour une vierge au sacrifice, ni à jouer du vibrato pour camper la bravoure du héros.
Après une heure d’un récit intense, la boîte se referme sur le mythe qui jamais n’aura paru aussi limpide.

Valérie Simonet



LA PROVENCE le 6 février 2006

 

A L’AFFICHE

La guerre de Troie au Théâtre des Salins

Massimo Schuster a choisi de situer le narrateur dans un lieu sombre, pour une histoire d’une actualité brûlante.

Massimo Schuster est de retour aux Salins depuis mercredi pour une création « Le dernier guerrier ». Le marionnettiste avait présenté il y a quelques mois le « Mahabharata », une version du premier conte épique de l’humanité. (…)

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C’est encore d’une épopée qu’il s’agit : Massimo Schuster a choisi de raconter à sa façon la guerre de Troie. Il dévoile les dessous de l’intrigue qui mena Agamemnon à livrer un combat sanglant dix années durant, à travers les yeux du héros Achille mourrant. Le conteur donne vie au guerrier, lui rend sa parole d’homme, et celui-ci nous conte la vanité du sang versé.

Car le retour d’Hélène n’est que le prétexte qui sert la quête du pouvoir d’un seul homme, celui qui justement a la charge du bien de tous dans le royaume. Plusieurs moments très forts ponctuent cette pièce, comme le sacrifice d’Iphigénie, heureuse de servir le destin de son père par sa mort, ou le récit par Achille de sa folie vengeresse et de son désespoir lorsqu’il contemple enfin la dépouille de son ennemi terrassé.
Plus qu’un retour aux sources mythologiques, on peut lire dans « Le dernier guerrier » une fable d’une brûlante actualité sur les soubresauts et les conflits qui agitent la planète actuellement. Massimo Schuster a choisi de situer le narrateur dans un lieu sombre, une cale de bateau, le fond d’une épicerie peut-être, ou pourquoi pas la cuisine des dieux aujourd’hui disparus, eux qui remplaçaient déjà une unique déesse mère… On sent que dans le domaine de l’épopée les dieux passent et les hommes restent les mêmes.
Massimo Schuster, grand voyageur et à la pointe de la technologie, commente ses pérégrinations personnelles sur un blog en accès libre, www.arc-en-terre.org/blog.



LES DERNIÈRES NOUVELLES D’ALSACE le 12 janvier 2006


THÉÂTRE / LE DERNIER GUERRIER

La grande bataille des souvenirs

Massimo Schuster présente son « Dernier guerrier » au Théâtre Jeune Public. Un spectacle de marionnettes “totems” intime et décalé, librement inspiré d’épisodes de la mythologie grecque. (...)

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Après avoir raconté le déroulement des funérailles du grand Achille, à la lumière verte et blafarde d’une petite ampoule au plafond, il dépose le pantin au casque à crête d’acier sur un côté de la scène, et se sert négligemment un verre d’alcool.
Quand il commence son récit, ce sont les pensées d’Achille mourant qu’il exprime. Évoluant autour du castelet fait de malles anciennes, il évoque les moments forts de la vie du héros : ses deux amants, l’esclave Briséis et le jeune Patrocle ; l’infâme habitude de sa mère, prétendument demi-déesse, qui noyait ses fils à la naissance ; la cupidité d’Agamemnon, sa soif de guerre et de pouvoir.

Incroyables d’ingéniosité

Les marionnettes sont incroyables d’ingéniosité et de force symbolique. (…)
Et le « Dernier guerrier » est un héros magnifique, tué par une flèche qui l’atteignit au talon, et qui pleure sur la fin d’un monde, sur les guerres inutiles et meurtrières initiées par des tyrans assoiffés d’or, au prétexte de l’honneur ou de la religion. Des thèmes antiques , dont le comédien-metteur en scène montre l’universalité et l’actualité.
Moments tragiques ou drôles, interprétés avec force par Massimo Schuster, en chemise à carreaux et tablier de menuisier : il hurle, il chante, prend une voix de fausset, et caractérise clairement chacun des personnages. Seul en scène – ses monologues sont ponctués d’accords de jazz, le tout dans une atmosphère de vieux bar poussiéreux, intime, tonique et vivifiant.

Marie Marty


Le Progrès, lundi 5 juillet 2004, Michel KEMPER

 

C’est épique épopée. D’époque. C’est le Mahabharata, ce long poème à portée(s) universelle(s). En une version courte, qui va à toute allure. (…) Ca naît comme ça pleut à Gravelotte : sur le champ quand le géniteur est divin, sinon par deux, par cinq, par cent. Pléthore. D’ellipses en grossesses, nous vivrons l’addition des générations et l’empilement des haines. Ca en cent minutes, non pour convaincre, mais pour s’imprégner d’un souffle, haleine parfois fétide mais, quand même, de belle allure. C’est le Mahabharata et c’est, y compris et surtout en cette forme, fameux, fastueux. C’est un conte et il est bon. L’orateur-acteur et co-metteur en scène, Massimo Schuster, est rare bonheur, par qui tout passe :l’étrange, la magie, le béni des dieux, la fugitive joie de vivre et la boucherie de batailles charcutées, celles qui ne savent pas finir quand elles respectent l’art et la manière.

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Schuster a la voix onduleuse, en un arc qui va de douceur à tempête, passionné. L’écouter, c’est vivre ce qu’il narre, en impliqués. C’est sentir la pesanteur de l’armure, c’est être éclaboussé de sang, c’est se savoir génétiquement condamné à ce que ces dieux en mal de délire ont décidé.

Ce Mahabahrata est un grand, un très grand spectacle, raisonnable superproduction pour acteur seul. Au talent démultiplié.



Le Monde du dimanche 21 et lundi 22 mars 2004, Jean-Louis Perrier

 

Quelques accords de sitar. Le narrateur allume ses bougies au pied de Ganesh, se recueille un instant devant le dieu-éléphant. La lumière s’est levée sur un peuple compact de marottes hautes comme des enfants. Elles ont encore la raideur des mannequins, rangés en bon ordre, apparemment immobiles. Au simple appel de leur nom, elles prendront vie. Les yeux rondouillard, en boutons, sont ceux qu’Enrico Baj – auteur des marionnettes, avec son fils Andrea – a tant de fois cousus sur ses toiles. Arjuna, Bishma et les autres sont des parents lointains des Ubus et des Généraux du peintre italien.

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Quelques torsades de fil de cuivre autour d’un bâton sculptent un corps versé au grand air. Un châle de soie forme sari. Des parfums indiens flottent jusque dans la salle. La litanie généalogique du Mahabharata peut commencer. Massimo Schuster prend une à une les figures, avec le respect dû à leur rang, et leur attribue une place, claire, dans l’imbroglio des dynasties. Le ton est posé, les marionnettes levées juste ce qu’il faut et déplacées avec doigté d’un point précis à un autre. Le narrateur-manipulateur franco-italien tourne autour d’elles, s’adresse à elles du regard. Un frémissement paraît les animer, elles acquièrent une identité, une présence, un langage. Leurs rassemblements composent petit à petit leurs royaumes, des rapports de positions qui sont aussi des rapports de forces. La parole des dieux leur est transmise, leurs secours et leurs malédictions. La tension croît entre les factions cousines des Kauravas et des Pandavas. Lorsque le dialogue est plus intense, la colère trop forte, les marottes sont soulevées du sol. Brandies, elles tremblent de fureur ou d’impuissance, devant la ruse des autres. Une guerre effroyable s’engage. Assauts sans fin, carnages répétés. La scène n’est plus qu’amoncellement de corps. La bataille est doublée d’une autre : celle des marionnettes et de leur manipulateur. Progressivement, elles se font voler la main. Il capte l’espace, draine l’attention, les renvoie au rôle de repères essentiels. Il n’est plus montreur, mais acteur. Sa voix, son corps d’homme deviennent l’enjeu du combat autant que du récit. Il peine, il geint, il s’essouffle, il crie, il halète et titube à la fin. Massimo Schuster se relève et triomphe en brave, salué par ses créatures réconciliées.



France 5, Les Maternelles 2 mars 2004, Dominique Duthuit

 

Ce qui est intéressant pour les enfants, c’est de suivre des aventures extraordinaires où l’homme, sans cesse, est confronté à des choix difficiles qui peuvent avoir de lourdes répercussions sur le destin des autres.

Tout le spectacle est construit avec des séquences haletantes, dont l’enjeu est toujours d’une importance capitale. C’est une occasion de partager avec ses enfants un voyage épique qui est toujours omniprésent dans l’Inde actuelle.


Télérama, Mathieu Braunstein n°2827

Elancé, nerveux, don Quichotte jusqu’à la pointe de la barbiche, Massimo Schuster ne recule devant aucun défit, aucune épopée. Cet ancien du Bread and Puppet avait déjà incarné, seul sur scène, la légende de Roland. Cette fois, le paladin s’attaque à rien de moins qu’au mythe fondateur de la culture indienne, le Mahabharata. Sous le regard de Ganesh, la divinité à tête d’éléphant, vingt-cinq personnages, trois générations, prennent place sur scène. Matérialisées par les sculptures brutes d’Enrico Baj (récemment disparu), les dieux trichent, les dieux jouent, les dieux mentent... jusqu’à la bataille finale. Là, Massimo Schuster cesse soudain de toucher ses objets, se fait superbe conteur, «le rêve de tout marionnettiste», dit-il.


L’avant-scène théâtre, Stéphanie Tesson n°1155

Quinze années après le Mahabharata de Peter Brook, Massimo Schuster conte l’épopée hindoue avec ses vingt-quatre marionnettes. Un spectacle d’une poésie, d’une force et d’une sobriété percutantes.
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”C’est moi, Vyasa” entame Massimo Schuster, entouré de ses marionnettes. Les frères Pandavas et Draupadi se déchirent avec leurs cousins ennemis, les Kauravas. L’onirisme des sculptures du peintre Enrico Baj est saisissant pour une telle tragédie. Le visage est fait de bois, nez, lèvres ou yeux cubistes de toutes les couleurs, quelques bouts de serpillière ou une fourchette en guise de cheveux. «C’est le rapport entre la dérision et l’héroïsme que ces marionnettes soulignent» explique Massimo. «La sculpture est occidentale et l’habillement indien, signes du pont que j’ai voulu établir dans le Mahabharata entre l’Orient et l’Occident». M. Schuster passe du conteur au marionnettiste avec une grande fluidité et manipule ses marionnettes avec beaucoup de sobriété. «Pour donner à la marionnette tout son pouvoir d’expression, je la manipule le moins possible. C’est pour moi le moyen d’aller à l’essentiel» souligne-t-il. Mais quand il empoigne ses soldats, mime l’affrontement et les repose avec fracas, toute cette ferraille résonne comme des cuirasses. Sa voix tonne jusqu’à devenir insupportable et tout n’est plus que brutalité et combat. Son jeu est vibrant, sa présence magique, il est un conteur exceptionnel qui nous happe dans son univers, dans son Mahabharata.



24 Heures, Anna Hohler (Suisse)

C’est tout un peuple qui nous regarde, immobile mais sur le qui-vive. Une tribu de marionnettes, hommes et femmes avec de grands yeux, et des tissus noués autour des épaules. Des visages particulièrement expressifs, bien que faits de bois. Nez ou lèvres cubistes, de toutes les couleurs. Et en guise de cheveux, quelques bouts de serpillière… Aux pieds de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, brûlent trois bougies. Et au milieu de ce beau monde s’élève Massimo Schuster, marionnettiste et conteur, homme-dieu vêtu de blanc. (…)

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Dans Le grand conte, Schuster était seul. Une voix de sage qui nous a emmenés au cœur du conte. Dans Mahabharata, il n’est qu’animateur au milieu d’une foule de marionnettes. « C’est moi, Vyasa », entame-t-il d’une voix forte comme un bloc de fer. Agrippe une marionnette au cou – elles sont non articulées et ont la taille d’un enfant de 5, 6 ans – et la pose violemment devant lui. « Je suis né du ventre d’un poisson… ». Et voilà l’histoire de deux fratries, de deux familles qui s’affrontent dans une bataille où « des millions d’hommes se font face », et où tous les guerriers, sans exception, périssent… (…) Et lorsque Massimo Schuster empoigne ses soldats, mime l’affrontement et les repose avec fracas sur le plancher, toute cette ferraille fait du bruit comme des cuirasses, des épées sur un champ de bataille… Sa voix tonne jusqu’à devenir insupportable et tout n’est plus que brutalité et combat. Si, dans Le grand conte, Massimo Schuster raconte plus, suit les sinuosités de l’épopée, son Mahabharata, cette fois-ci se résume en une phrase : c’est la guerre dans le monde. (…) L’épilogue concis et percutant sur l’homme égaré et son « désir de miel » clôt la soirée en douceur.



La Repubblica, Franco Quadri (Rome)

Avec un grand artiste comme Enrico Baj, Massimo Schuster a créé des spectacles jouissifs, mais ce Mahabharata est un sommet. (…) À voir et à revoir.

La Marseillaise, Dominique Allard (Marseille)

Il faut avoir vu cette imposante carcasse se démener sur un plateau, seule ou accompagnée de ses marionnettes, figurines de papier ou belles sculptures forgées par le peintre Enrico Baj, il faut l’avoir vu tenir en haleine, par la seule force de sa voix encore habitée par l’accent de l’Italie natale, par la magie de sa présence, toute une salle, esbaudie, émerveillée, éblouie, pour savoir ce que c’est qu’un homme qui conte.

La Marseillaise, Jean Boissieu (Marseille)

Dix-neuf ans bientôt qu’avec sa tête d’éléphant le fils de Parvati, l’épouse du grand dieu Shiva, Ganesha aux vastes oreilles déployait son écritoire aux pieds de la falaise de la carrière de Boulbon. Scribe attentif et malicieux, il s’apprêtait à noter les paroles de Vyasa… récit fondateur remontant à trois millénaires, en cette nuit de juillet 1987, le Mahabharata venait, par la grâce de Peter Brook et avec les mots de Jean-Claude Carrière, de trouver sa forme occidentale.

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Les privilégiés de cette soirée de festival d’Avignon où les senteurs de la garrigue se mêlaient aux parfums de l’Inde en demeurent marqués. Sur le plateau du Théâtre de la Minoterie, Massimo Schuster déploie les cinq frères Pandavas avec Draupadi, leur femme et les cent Kauravas, leurs cousins ennemis. Animant dans une fascinante partie de dés comme dans les dix-huit jours de la bataille les sculptures d’Enrico et Andrea Baj, il raconte les interventions divines, mais, à la différence de celle des humains, ne les matérialise pas. Point de marionnette qui incarne Krishna ou Shiva. Ganesha demeure à distance, sous l’aspect de sa statuette traditionnelle. Son silence n’en est pas moins éloquent. (…) Ce Mahabharata à une voix (mais quelle !) aura été (…) l’un des moments d’exception d’une saison au démarrage plutôt terne.